Un nouveau manieriste
il faut bien distinguer les artistes qui ont une vision
originale de notre monde, et les artistes qui "se" creent
un universe. Lutz Weinmann fait partie de cette seconde catégorie.
Ce jeune artiste allemand se consacre à la gravure,
mais pas exclusivement. D'ailleurs les Pariesiens sont surement
deja familiarisé avec son bestiaire, puisqu'il fut le
premier (avec quelques camarades d'atelier à recouvrir
les palissades du chantier du Louvre, debut 84
Son petit monde est hiérarchié, comme toutes
les sociétés passéeset presentes que nous
connaissons. Ici un pacha ventripotent aux bras multiples,
porté par des esclaves shadoks, ordonne depuis sa chaise
l'exécution de quelques sujets infidéles. Lá des
devines bicéphales, femelles á tetes de faucon
et de caiman, font la parade pour une quelconque célébration
sacrificielle... Impossible d'etre exhautif, l'artiste possède
une mythologie aussi vaste que son imagination.
Weinmann est avant tout un graveur sur métel; toutefois
il pourrait faire office de sculpteur. Ses estampes ressemblent á ces
planches représentant des bas-relief romans ou meme égyptiens,
que l'on trouve dans les vieux cartons des bouquinistes,
et qui sont l'oeuvre de tacherons sortis de l'ecole du
Louvre.
Que voit-on? : une stèle sur laquelle sont gravées
en bas-relief, plusieurs rangées de personnages constituant
apparemment un récit, un peu à la facon des hiéroglyphes.
Weinmann ne dessine pas seulement sa faune, il dessine
aussi le support, la pierre.
Un trompe-l'oeil? Pas vraiment. Et c'est là que se situe
l'intéret de la demarche de cet artiste en tant
que graveur.
En partant du principe que tout ce qui fait référence
aux civilisations antiques dans nos bibliothèques, nos
musées, se presente sous la forme de reproductions,
fac-simlés, imprimés. Weinmann en somme assimile
son travail à celui d'un archéologue, il ne fait
que reproduire à travers ses estampes les reliefs
d'une culture aujourd'hui disparue, en fait tout droit
sortie de
son esprit.
C'est a dire qu'au delà d'une ouevre simplement démonstratirice,
cet artiste prend un certain recul sur son imaginaire, qui
ne fait que le rendre plus réel à nos yeux. C'est
en fait une approche d'un principe cher á certains
plasticiens, du tableau dans la tableau.
Devant l'quevre de Weinmann, on se trouve devant une " Stèle
d'Hammourabi", devant une " Colonne Trajane".
Mais alors que l'on connait plus ou moins le cultures assyrienne
et romaine, il nous reste à découvrir et décrypter
les quelques vestiges sacrés de cette civilisation,
ce que Lutz Weinmann, habile graveur, fait avec une précision
d'historien.
Michel
Palacios 1984 |